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samedi, décembre 2, 2023
On Djoss

Hans Mbong : « Ceux qui pensent que la langue est un frein ont tort »

Ça me dit rap, Axe Jeunes, Triple XXL …  Hans Mbong, une personnalité ressource du rap kamer expose sa vision du hip hop du bled et dévoile sa vision du futur dans ce mouvement qu’il a aidé à se développer à l’international. Hans avait sûrement des choses à dire. Lisez plus tôt.



Kamerhiphop.com : ça me dit rap existe depuis 6 ans, tu peux me rappeler comment tout à commencer ?
Déjà bonjour, merci de l’honneur que vous nous faites pour expliquer un peu la genèse de ce concept qui est ça me dit rap.Le concept est né d’un constat selon lequel, la période ou on le met à pied d’œuvre, l’environnement ou si vous voulez la scène hip hop kamer était  presque inexistante. Je ne dirai pas qu’il n’y avait pas d’activités autour du rap, mais c’était de manière parsemée. Il n’y avait pas d’événement ponctuel, il n’avait pas une activité structurante autour de cet environnement. Il y’a eu les Sunday rap qui étaient sensés animer la scène rap kamer pendant les vacances, dans les années 97. juste après, il y’a eu les nuits du rap ou il fallait attendre le mois de décembre ou alors un mois durant les vacances pour voir une véritable scène de rap kamer. Nous nous sommes dit pourquoi pas crée quelque chose pour ces rappeurs, étant donné que nous sommes aussi jeunes et nous vivons avec eux. Ces rappeurs avaient quelques choses à proposer, surtout il y’avait aussi un public demandeur. C’est comme cela que nous avons monté ce concept ça me dit rap. Nous avons cherché quel nom donner. il fallait trouver quelque chose qui  puisse accrocher et que ça ne soit pas un truc déjà entendu, d’assez vulgaire. On aurait pu prendre n’importe quel nom. Déjà dans nos démarches, on est allé vers un certains nombres de partenaires. A l’époque, on travaillait dans une structure qui nous a permis de les rencontrer et on a essayé de capitaliser tout cela. Le directeur du centre culturel français à l’époque qui nous a accueilli dans ce temple de la culture pendant un an pour qu’on essaye d’animer la scène rap kamer. Comme c’était  un samedi, on c’est dit qu’il fallait l’organiser chaque premier samedi du mois et donc on a commencer à chercher et on s’est dit : le rap, ça me dit,  ça te dit, ça nous dit, ça me dit rap. Voila comment est né ça me dit rap.


On sait que ça me dit rap est organisé par une association dénommée « axe jeunes » mais sur le terrain, on ne voit que hans. alors que font les autres ?
Axe jeunes
, c’est l’association pour la promotion et le développement des nouveaux talents. C’est un regroupement des jeunes amis qui ont une passion pour le rap et qui pensent apporter quelque chose à la jeunesse via ce mouvement. Ils se sont mis ensemble pour aller vers la même direction. Je pense qu’objectivement, c’est moi qu’on voit le plus ces dernières années. Je suis à la base du projet, en dehors de ça me dit rap, on me connaît peut être dans d’autres activités toujours dans le domaine culturel. Il y’a un blême au pays, ce que les gens veulent directement traiter avec « le patron » si on peut appeler cela ainsi. Nous avons eu des jeunes comme Patrick Hermano qui est parti en Belgique qui était l’un des membres de la communication. Nous avons eu Christian Anicet qui bosse aujourd’hui à la Guinness. Il y’a eu pas mal des jeunes qui bossaient avec nous mais qui sont partis par contrainte professionnelle. Soit ce sont des étudiants qui ont fini leur formation et qui étaient obligés de suivre d’autres voies. Il y’a ceux qui sont encore là. Je pense comme ça  à Martial avec qui on bosse depuis des années, étudiant en communication à l’ESSTIC, il a aussi des contraintes qui font en sorte qu’il ne soit pas toujours visible.  Il y a aussi Julien Mbia. Hans est toujours sollicité parce que les camerounais ne prennent pas l’habitude de travailler de manière collégiale. Ils doivent faire confiance aussi à mes collaborateurs. Si Hans n’est pas là demain, alors est ce que ce le projet va mourrir ? est ce que le concept ne va plus exister ? je ne suis pas seul à penser. Hans, c’est aussi le plus actif et je connais pas mal de monde, et j’essaye tout simplement de capitaliser mes relations personnelles pour la cause du rap kamer. C’est aussi pour cela qu’on me voit plus. Nous avons des membres au Ministère de la culture, dans des entreprises. Il y’a des têtes pensantes qui bossent dans l’ombre. : Alex Siewé, Blaise Etoa… ils sont nombreux.


Pourquoi depuis 6 ans, ça me dit rap tourne entre Yaoundé et Douala. Et les huit autres provinces… ?
Les ça me dit rap sont à la base un projet structurant de l’environnement du rap kamer. Il y’a pas d’activité autour du rap kamer pour ne pas dire tout simplement la scène kamer est morte. Même si entre temps, il y’a des groupes de qualité qui manquent de visibilité, qui manquent de canalisation. Nous avons pensé ce projet pour essayer de travailler en profondeur à la base, pour assoir une scène rap véritable, vivante et dynamique au kamer. Travailler sur la structuration et le développement implique un certain nombre de choses. Si nous voulons avoir une vraie scène, nous devrons nous fixer un certain nombre d’objectifs précis sur un échéancier bien arrêté. Nous avons pensé aller progressivement. Il est clair que Yaoundé demeure la ville forte du rap, ce n’est pas pour titiller nos amis de Douala. Quand on avait commencé à parler scène rap, c’était d’abord Yaoundé. Je me souviens à l’époque des Sunday rap, les Bantou Posi qui était à l’époque l’un des groupes les mieux en vues avec UMAR CVM, MAGMA FUSION, MALEKUN FU, AUTHENTIK KLIK, NEGRISSIM. Bantou Posi partait de Douala à leur propre frais pour venir prester à Yaoundé. Nous avons voulu travailler sur la durée.
Il faut aussi rappeler que nos moyens ne nous permettent pas d’étendre nos activités sur tout le territoire. Nous prenons le temps pour bâtir quelques choses. Nous ne courons pas. Le but est de faire comprendre aux gens que c’est un genre fort où on peut s’investir et si tout le monde essaye de prendre le train qui est entrain de partir, on est sur qu’ à court, à moyen ou à long terme d’avoir une véritable scène au bled qui pourrait concurrencer d’autres villes africaines que sont Dakar, Libreville, Abidjan, Bamako, Ouagadougou


A l’époque, le kamer était inexistant sur la scène internationale. Nous avons impliqué des medias internationaux comme Africa N°1, RFI, Trace TV pour l’implanter en Afrique. Chaque mois, ils parlaient du rap kamer. Nous avons localisé cet événement à un endroit précis, focalisé les gens dessus, les autres peuvent s’inspirer de ce que nous faisons  et ça me dit rap peut s’éclater dans l’ensemble du pays. Nous sommes quand même aller à Dschang, Buea, Bafoussam. Honnêtement, nous n’avons pas assez de moyen avec le temps, nous allons y arriver. Essayons d’abord d’avoir plusieurs groupes de dimensions internationales.


Alors quel bilan fais tu de ça me dit rap depuis 2000 ?
Nous sommes entièrement satisfait du travail qui a été abattu jusqu’ici. Parti presque du degré zéro, aujourd’hui, on a quand même une vingtaine d’albums qui sont sur le marché discographique. Il y’a lieu d’être satisfait et les préjugés ont disparu. Les gens ont compris que la jeunesse est un maillon avec lequel il faille absolument composer. Il y’a une scène rap qui existe au pays, des bons groupes qui rivalisent dans la vente d’album avec des artistes qui font dans la variété. Il y’a des artistes qui sont passés d’un album à deux albums. Nous avons des clips rap qui passent en boucle sur des chaînes de télé, des artistes qui vont dans des festivals internationaux. Je pense qu’au jour d’aujourd’hui, il y’a lieu d’être satisfait. A Douala, tu as une scène ou 15000 personnes viennent communier avec les rappeurs camerounais. Les gens font de plus en plus confiance au rap camerounais. Le graffiti commence à se développer, la danse hip hop est entrain de vouloir ravir la vedette au rap. 75 à 80% des groupes valables au Cameroun sont passés par le projet axe jeunes et ont bénéficier des ça me dit rap.


Venons en aux spectacles triples XXL. Pourquoi avoir organisé 3 spectacles au même lieu et avec les mêmes  artistes ?
Sur ce projet, on n’a pas été assez précis dans la communication. Ces jeunes réussissent le difficile pari de produire leur album, chose pas facile. Ces albums ne trouvent des diffusions au niveau des medias qu’à travers des copains, des amis. Il n’y a vraiment pas un plan promo derrière ces albums. Amener le public à comprendre qu’il y’a un album dans les bacs et qu’on peut le trouver à des endroits bien précis. On peut également payer des espaces promo comme tous les autres artistes dans une radio et suivre sa musique jouer à longueur de journée dans certain medias. Cela fera connaître et vendre l’album. Nous avons  Sultan Oshimihn, AK Sang Grave à l’origine, X Maleya, leBronz qui ont soit sorti un album ou qui sont entrain de sortir un album. Il fallait déjà commencer à les mettre en contact avec leur public d’un, de deux c’est  la raison fondamentale qui est de leurs permettre d’avoir un petit fond pour payer des tranches promo dans une radio de la ville d’où leurs implications. Nous avons apporté la logistique qu’il faut, c’est aux artistes d’aller voir leurs fans. La seule façon de soutenir un artiste, c’est d’aller aux spectacles, d’acheter son CD. AK Sang Grave s’est retiré parce qu’il avait d’autres propositions à la même période. Les gars ont opéré un choix et nous l’avons respecté. XXL s’arrête le 19 août, il y’a X-Maleya qui est dans les bacs, Sultan Oshiminh qui est aussi sorti, lebronz qui arrive. Venez les soutenir.


Peux tu rappeler aux internautes les conditions d’accès à ce spectacle ?
C’est relativement gratuit. 1000 fcfa, c’est cadeau surtout comparé au nombre de bière qu’un jeune peut avaler dans une soirée. La seule façon de se réclamer fan d’un artiste, c’est de le soutenir c’est-à-dire acheter son CD, venir dans son spectacle. L’argent du spectacle n’entre pas dans la poche de l’organisateur, mais plus tôt dans celle de l’artiste. Pour XXL, c’est à eux d’aller voir leurs fans et dire « gars venez nous soutenir, au concert », cet argent leur est entièrement reversée. Certains doivent commencer à évaluer l’impact qu’a leur album qui est sur le marché. Il faudra se positionner pour les concerts dédicaces que chacun pourra organiser dans un futur proche.


Revenons à axe jeunes. Il y’a des kamers de l’arrière pays qui aimeraient participer aux ça me dit rap. Alors quelles sont les conditions à remplir ?
Nous avons des critères simples que nous appliquons depuis l’origine des ça me dit rap. Même comme cela ne plait pas à tout le monde. Vous devrez nous envoyer un support, vous pouvez aussi nous inviter si vous bosser dans un studio question d’avoir un aperçu de ce que vous faites. Il faut faire des sacrifices et avoir sa maquette étant donné qu’on peut se retrouver à tout moment devant un potentiel producteur, un potentiel organisateur de spectacle et quand tu n’as un support…  ça me dit rap est un rap labellisé, camerounisé et capable de se retrouver dans un environnement autre que celui du Cameroun. On le fait pour le rap Sénégalais, français, américain et je crois qu’on peut aussi le faire pour notre rap. Nous poussons les jeunes à travailler en s’inspirant de leur environnement,  en s’inspirant de leur réalité au quotidien. Notre culture est extrêmement riche et elle peut être un élément essentiel dans le renouvellement dont cette musique a besoin. Les français et américains sont à court d’inspiration. Ils viennent chez nous chercher les nouvelles sonorités. A travers un style de rap, on peut facilement identifier un artiste. Le PBS a révolutionné le rap en y mettant du wolof, c’est beau à écouter à l’oreille et ils ont fait le tour du monde avec leur rap en wolof. Ceux qui pensent que la langue est un frein, une barrière pour la musique , je dis c’est à tort.


Que penses tu de cette guerre rappeur puriste – rappeur Mboa ?
C’est une fausse guerre. Il faut être vrai dans ce qu’on fait. Et Il faut être concret. Tu peux faire un rap dur, un rap militant si le public se retrouve dans ce que tu fais, il va adhérer. Tu peux rapper en Beti, Bassa, Douala… si le public se retrouve dans ce que tu dis, tu seras populaire. Les gens doivent se mettre au travail. Aujourd’hui, on a les kadjanin, Salif Keita, Manu Dibango, Cesaria Evora, Richard Bona, Sally Nyolo… tous ces artistes chantent dans leur dialecte ils tournent à l’international, ils font des scènes pleines avec des milliers de personnes qui viennent les voir. En Afrique, on a Daara J, pleins d’artistes sud africains…


Entant que personnalité ressource du hip hop kamer, quels conseils tu peux donner aux jeunes qui veulent faire du hip hop ?
Dans le milieu rap kamer aujourd’hui, il y’a trop de jeunes. Il y’a certains rappeurs qui ont des produits qui laissent à désirer. Les gars ne respectent pas les aînés, il faut être humble et reconnaître les mérites d’un grand frère même s’il n’est plus ce qu’il a été dans le temps. Il peut t’apporter un plus dans ta démarche.
Si on pense vivre de cela, l’art répond à un certain nombre de code qu’il faille respecter. Tu ne peux pas partir de la Sil à l’université si tu n’as pas suivi le cursus normal. C’est pareil dans la musique. On ne court pas. On prend son temps et on mûri son projet. On le fait écouter à plusieurs personnes, même les moins avertis et c’est ma philosophie. Le profane a l’oreille plus facile à critiquer ou à adhérer que le connaisseur. Il n’y a aucune honte à appeler son album  « un projet d’album », ça peut permettre à un producteur de le produire. Allez vers les aînés et solliciter leur aide. Arrêtons la facilité. Je suis là pour aider les jeunes, et pour cela, j’ai le devoir de leur dire la vérité. Proposez les produits appréciables par tous. Entourez vous des bonnes personnes. Faites jouer vos maquettes en radio tout en précisant que c’est une maquette et vous pouvez avoir un potentiel producteur.


Des projets ?
On a des projets pour 2007 qu’on ne peut pas dévoiler tout de suite. On espère qu’avec la bénédiction de dieu, on pourra le réaliser. Ça me dit rap continue à faire son petit bonhomme de chemin. chaque année, on essaye de faire connaître quelques jeunes. Actuellement, on a le jeune KREEZRY, qui vient fort. Il y’a aussi Amina qui revient. Nous pensons les soutenir pour qu’ils enrichissent le rap kamer.


Ton mot de fin ?
J’apprécie votre initiative qui est un support de plus dans la visibilité qu’à besoin la scène hip hop kamer. Vous êtes un media délicat et ouvert au monde. Alors continuer à être professionnel. Je souhaite qu’il y’ait les contacts des artistes sur le site. Je vous souhaite un bon vent.

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