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samedi, novembre 26, 2022
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Kamerhiphop : Combien de C-Minaire encore ?

Un chanteur camerounais est mort. Quarante d’âge, quinze ans de carrière, cinq albums et quelques tubes. Il n’était pas spécialement talentueux. Mais, sa soupe vocale aux épices de sexe avait réussi à fidéliser certaines gens. Certains magnats, aussi. Car, au cours de son éphémère passage sur les scènes nationales, ce chanteur avait connu trois producteurs. Trois individus exprimant leur foi en ses œuvres par un investissement financier. Un exploit, chez nous.


Après une dizaine d’années de présence ici et ailleurs, Boudor a sorti son premier opus solo. EN FAIM. Une demi-décennie et une production collective plus loin, C-Minaire est dans les bacs. ENFIN. Toujours annoncée, la deuxième galette de Koppo tarde à poindre. DECLIN ? Le temps passe. Les espoirs gèlent. L’enthousiasme populaire tiédit. Sous l’émergence tardive du « Noiraukarisme » et de la « C-Minarité », se trouve une vérité brutale et dure : Les producteurs locaux ne croient pas vraiment au rap. Ils préfèrent les pitreries artistiques, les mièvreries rythmiques. La place du hip hop ? Marginale. Définitivement marginale.


Balafon Kunta invitait à maintenir l’espérance en clamant « Un jour, ça va payer ». Mais, quand viendra ce jour ? Combien de temps faudra t-il encore se contenter des trop nombreuses et encombrantes maquettes ? Combien de temps espérerons-nous encore que les producteurs locaux s’engagent spontanément à financer le hip hop local ? Combien de temps le talent jeune sera-t-il encore condamné à  se frigorifier dans les quartiers pendant que des mièvreries Makossa ou Bikutsi sont célébrées sur la voie publique ? Oui, combien de temps attendrons-nous encore que le rythme de production discographique du hip hop camerounais atteigne un rythme normal ?


Nos rappeurs entretiennent, nourrissent, bichonnent des rêves pendant des années. Sans certitude aucune, de voir matérialisé un jour leur idéal. Très souvent, ils épuisent leurs œuvres bien avant que celles-ci ne soient commercialisées. Le titre « L’envol du C-Minaire » en est une illustration frappante. Mille et une fois joué sur les scènes nationales, repris dans l’opus collectif « Dream », il est encore présent dans le premier album de C-Minaire. Ceux qui suivent de près la carriere de Valséro savent pareillement qu’avant sa sortie officielle, son titre “Ce pays tue les jeunes” avait connu plus d’une version. Faute de soutien structurel et financier, le génie se cherche voire se prostitue. Combien de camerounais se savent que Lady Ponce, avant de devenir l’égérie du Bikutsi, fut rappeuse en cabaret ? A la question de savoir pourquoi elle changea de trajectoire, elle me répondit un jour : « ça ne payait pas et les gens m’encourageaient à faire autre chose ». Et Vlan !


Certains producteurs reprochent au rap d’être l’affaire quasi-exclusive des jeunes. Dans un pays où la moitié de la population est âgée de moins de 30 ans, dans une nation où les quinquagénaires nommés ministres sont qualifiés de « jeunes », ce reproche fait au rap prend les allures d’un extraordinaire atout commercial. Ceci signifierait en effet que le marché du hip hop est potentiellement le plus important au Cameroun. Et que les investisseurs devraient s’y lancer corps et âme. La réalité, hélas, est autre.  Le hip hop demeure honni, banni, comme maudit. Dans les chansons des autres (Sergeo Polo/Final D., Njohreur/Big B-Zy, etc), trente secondes à peine sont réservées au rappeur pour apporter un zeste d’animation et de modernité à des airs achevés. Lors des soirées de récompense (Canal d’Or, par exemple), les prix Hip Hop sont remis en ouverture. En première partie. Un peu par « political correctness ». Un peu comme s’il s’agissait de titres mineurs.  Lorsque, enfin, des structures à grands capitaux investissent dans le hip hop, c’est moins pour soutenir la créativité de manière pérenne que dans l’unique et ultime motivation de vendre leurs produits (Coca Cola, MTN, Sprite, Malta, etc).  Une sodomie artistique s’opère à ciel ouvert. Sans que personne ne se pose la question de Bob Marley dans Redemption Song: « How long shall they kill our prophets while we stand aside and look ? ».

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