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vendredi, décembre 9, 2022
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DJ Bilik : Ce que Bilik n’a pas compris

Il a piqué une colère vive. Trop vive. Du coup, il a mis en berne la raison. S’est laissé asphyxier par la passion. Passion du hip-hop qu’il a servi depuis des âges. Passion de ce rêve qui l’asservit chaque jour davantage. Il a donc placé ses mots en route. Pour mettre les maux en déroute. Mais, sans le vouloir, il s’est laissé aller à la banqueroute. Au dérapage intellectuel.


Précisons : nous n’ouvrons pas ici le procès de DJ Bilik. Le respect de sa stature l’interdit. La rigueur méthodologique le proscrit. Qu’on l’aime ou pas, Bilik Joe reste l’un des précurseurs du mouvement hip hop au Cameroun. Qu’on soit disposé à l’admettre ou pas, il est un des monuments de la scène locale (au moins, d’un point de vue historique). Mais, il arrive que les sages se trompent. Et la dernière chronique de Bilik Joe sur www.kamerhiphop.com l’illustre malheureusement….
Dans ce texte enflammé, Bilik accusait. Sa plume au vitriol lacerait, voire laminait promoteurs, institutions étatiques en charge de la culture, contrefacteurs, mécènes… Tous en ont pris pour leur grade. Mais à trop accuser les autres (tout en béatifiant systématiquement ses amis), Bilik s’est rendu coupable d’une première maladresse : trouver systématiquement l’erreur ailleurs qu’en soi-même. Au creux des lignes brulantes en effet, il apparaissait évident que pour le «Zomloa-en-Chef» (comme pour Jean-Paul Sartre), «l’enfer, c’est les autres». C’est presque toujours les autres. Une lecture moins passionnée lui aurait permis de voir que la vérité est aux antipodes de ce cliché. Les malheurs du hip hop camerounais ne sont pas essentiellement imputables aux acteurs extérieurs. Les germes de la stagnation, de l’amateurisme et de l’inertie prospèrent D’ABORD au sein de la famille de kamer-rappeurs. Parfois même, chez les plus grands et les plus insoupçonnables. Si l’on veut «booster» le hip hop K-mer, il est important d’intégrer ce paramètre. Et de balayer d’abord devant nos portes.


Dans un second mouvement, Bilik en balance aux sponsors et autres directeurs marketing, soupçonnés ici d’opportunisme, là-bas de clientélisme, partout d’inculture. Leur plus grand défaut serait de mésestimer le magma de compétences qui bout sous le volcan rappologique camerounais. Et ce faisant, d’euthanasier  progressivement le génie local au profit de talents d’ailleurs, aisément déifiés et/ou grassement payés. Bilik souligne la richesse du maelstrom de talents locaux qui ne demandent qu’à être soutenus. Difficile de lui objecter sur ce point. Ce qu’on peut lui reprocher par contre, c’est de ne pas expliquer aux nouvelles générations pourquoi les mots «Show» et «Business» vont ensemble. De ne pas dire à ses «frères» qu’à l’ère du marketing-Roi, le tout n’est plus de savoir faire. Il faut aussi faire savoir ce qu’on sait faire. La compétitivité de notre environnement oblige chaque talent d’aujourd’hui à se structurer pour mieux capter et captiver un auditoire (ce qu’on appelle en termes économiques, un marché). Une offre véritablement pertinente, alléchante doit finir par générer sa propre demande. Oui, il y a autant de compétences chez nous que sous d’autres latitudes. Mais la manière dont nos compétences se perçoivent, se construisent et se projettent elles-mêmes tranchent avec les exigences du professionnalisme. Et justifient en partie leur mise à l’écart. Qu’on se le dise : Sean Paul, ce n’est pas seulement un style viril. La Fouine est bien plus qu’une barbichette infinie. Derrière l’écran des apparences, ils constituent de véritables industries, de puissants produits marketing porteurs de promesses pour des marques en quête de positionnement. C’est cette promesse habilement vendue qu’achètent nos directeurs marketing MTN, Orange, Smirnoff, etc…..Loin de tout sentimentalisme primaire. Alors pleurnicher, revendiquer une vingtaine d’années de présence (à ne pas confondre avec l’expérience) ? Pure perte de temps ! «Accuser», demander l’obole à des gens qui ne vous écoutent pas ? Rien d’autre qu’une forme sophistiquée de gesticulation qui accroit notre retard sur le monde.


Pour finir, une petite remarque : tout au long de sa plaidoirie, le boss de Zomloa Records oublie de prêcher par….l’humilité, l’indispensable alliée des grands esprits. Le détail n’est pas anodin et Bilik n’en est pas l’unique victime. Simplement, son texte plein d’inutiles enflures et de futiles boursouflures («Nous avons bâti seuls… », «Depuis 22 ans, nous avons posé les fondations… », etc), ramène en surface un mal bien profond : l’autoglorification, la fierté éhontée qui, telle un cancer aux innombrables métastases, détourne les énergies et plombe la créativité des rappeurs du bled. Précocement convaincus d’être les meilleurs, ils s’emploient systématiquement à récolter des lauriers là où rien de solide n’a encore véritablement poussé. Superstars avant l’heure, vedettes avant leur dixième scène, ils tournent vite le dos à l’effort et s’enlisent dans un amateurisme sans issue. Pour que le royaume hip hop camerounais se structure et devienne compétitif, il faudra peut-être d’abord décapiter tous ces égos surdimensionnés, puis réapprendre les vertus de l’humilité et du travail acharné. Ça aussi, Bilik devrait le comprendre.

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