hello@kamermoov.com
dimanche, décembre 4, 2022
On Djoss

Power X : « selon moi, il n’y a pas de scènes hip hop au kamer ».

Membre fondateur du groupe Othentik Klik (groupe des années 90 qui était constitué de DJ Zion, Shabbaz, Speereet et power x ), Power X est de retour après quelques années d’absence sur la scène hip hop kamer. La piraterie, les promoteurs de spectacles, son crew, l’album de son pote DJ Zion, son album… Power X expose des grands sujets qui concernent le hip hop kamer.


Kamerhiphop.com : qui est power X ?
Power X est un rappeur devenu DJ entre temps dans une radio de la place. Je fais dans le rap depuis 1996, j’ai été poussé dans ce mouvement par les grands frères tels que black de Malé kunfu, et Protektor que j’ai rencontré quand je faisais mes études du coté de Bafoussam. Je suis membre fondateur du groupe Othentik Klik.


Alors le groupe Othentik Klik, qu’est qu’il est devenu ?
Le groupe a eu une fissure, on s’est retrouvé à deux, alors qu’à un moment, on était pratiquement 8 membres. On avait commis un opus, après il y’a eu des divergences d’opinions. DJ Zion et moi faisions le rap par amour. Le boulot que je fais actuellement, je le dois au rap. Le rap m’a permis de me faire connaître et il m’a ouvert les portes de la radio. Entre les autres membres qui sont partis et nous, il y’avait incompatibilité d’humeur et nous avons préféré continuer à deux : DJ Zion et Power X. Othentik Klik est toujours en vie. Nous sommes entrain de préparer un nouveau truc. Actuellement, il y’a l’album de DJ Zion qui est entrain de sortir, moi aussi je suis en studio pour mon album solo.


Quelle relation entretiens tu avec les autres membres d’Othentik klik ?
A un moment c’était dur. Tu sais, quand t’as vécu des trucs avec des gens, la séparation est toujours douloureuse et on s’en veut un peu. On se dit pourquoi est ce qu’on n’a pas choisi le même camp ? après, ça passe. Aujourd’hui, on fait des musiques ensemble. Le contact est gardé.


En tant que « vieux rappeur », quelle différence fais tu entre le rap des années  90 et celui d’aujourd’hui ?
La grosse différence se fait au niveau du boulot. Je suis entre les deux horizons. Ceux d’aujourd’hui bossent moins. A l’époque, nous on s’entraînait beaucoup, on n’avait presque pas d’instrus, on travaillait avec des beats de face B, on faisait pratiquement tout avant d’aller en studio. Et En studio nous étions obligés d’avoir nos textes sur place, parce que une fois que tu rates la prise, t’es obligé de tout reprendre à zéro.  Il y’avait aussi des clichés c’est-à-dire les rappeurs n’étaient pas considérés par la société. Alors qu’ aujourd’hui avec la nouvelle technologie, les choses sont plus faciles. Tu viens en studio, tu dis quelques phrases, tu arrêtes et tu continues le lendemain. Il y’a plus d’ouverture, plus de radio, la télé. la grosse différence se fait au niveau du boulot. Certains veulent rapidement l’argent, d’autres veulent rapidement la production. Ce qui fait que les gars ne rappent pas l’âme. Selon moi, le rap reste avant tout un moyen d’expression. Ce que je dis et ce que j’écris, c’est ce que je ressens du plus profond de moi.


Alors comment trouves tu la scène du hip hop du bled ?
Selon moi, il n’y a pas de scènes hip hop au kamer. C’est le vrai problème qu’on a ici au Mboa. Si le kamer avait une vraie scène hip hop, ce que nous serions très loin. Nous sommes au dessus des rappeurs Gabonais, Ivoiriens, Sénégalais et Maliens rapologiquement parlant. Mais ils sont dessus de nous coté production et coté scène. Ici au bled, Il y’a des petites scènes de gauche à droite mais pas de réel mouvement derrière. Il faudra quand même organiser des festivals, des concerts… le mouvement des jeunes dans le monde entier actuellement, c’est le hip hop. La jeunesse camerounaise est lésée, et ce n’est pas seulement le hip hop.


Nous avons remarqué que les promoteurs des spectacles font plus confiances aux artistes étrangers qu’aux locaux. A ton avis, à quoi cela est due ?
Ces promoteurs ne sont là que pour de l’argent. Ils ne veulent pas crée un truc à long terme. Quand ils nous ramènent les 50 cent, c’est pour que les jeunes viennent aux spectacles, ils doivent payer pour voir ses stars dont ils regardent les clips sur le câble à longueur de journée. Mais je dis qu’ils récoltent ce qu’ils n’ont pas semé.  50 cent est connu, c’est comme ci tu ramènes un groupe de coupé decalé et autre… ça ne sert pas au hip hop kamer. Pour moi, ce ne sont pas des promoteurs mais plus tôt des gens qui font du commerce.


Tu vas commettre un album dans quelques mois. Et si tu nous parlais un peu de cela ?
Je rappe l’âme, je rappe ce que je vis. Mon album représentera Power X, je suis quelqu’un de très calme et les musiques seront mélancoliques. La coloration sera plus mélodieuse. J’aime bien les petites guitares, les petits pianos…


Dans un pays ou M. pirate occupe 90% du marché, est ce que le rappeur Power x n’a pas peur de tout cela ?
Si on regarde tout cela, on ne pourra pas avancer. On travaille tout en espérant que les choses vont changer. L’état ne fait rien et si nous arrêtons de faire la musique à cause de la piraterie, l’art va mourir.  Elle n’est pas une barrière pour moi. Je sors mon truc, il est piraté, ce n’est pas grave, mais je ne m’arrêterai pas. j’en envie de m’exprimer. Ce qui est sure, c’est que M. Pirate ne pourra pas m’empêcher de vivre ma passion. Si les choses ne changent pas, alors que faut il faire ? arrêtez de produire ? je ne crois pas. je pense que ceux qui sont sensés s’occuper de ce blême doivent faire leur boulot. Dans tous les cas, moi je dois m’exprimer. J’ai mon boulot, je ne vis pas du rap. S’il fallait faire du rap pour de l’argent, je suis convaincu que je serai chez moi et je « mangerai des cailloux ». il y’a très peu de rappeurs kamer qui vivent de leur art car nos disques se vendent très peu, alors avec la piraterie, c’est grave. Je soutiens ceux qui continuent à faire des productions malgré le phénomène piraterie qu’il y’a dehors, tout en espérant que les choses pourront changer d’ici peu.


La guerre rappeur Mboa # rappeur puriste. Qu’est ce que tu en penses ?
Elle n’a pas de place. Je pense que ceux qui le font ne connaissent pas l’histoire du rap. Dans toutes les horizons, même aux States, il y’a plusieurs style de rap. Mais c’est du rap. Chacun doit faire le rap comme il le sent. Si tu t’en sors dans le style Mboa, c’est une bonne chose. Si tu fais du hardcore, du gangster, c’est toujours une bonne chose. Pour moi cette guerre n’a pas de sens. Quel est le rap qui est rap ? il faut déjà savoir ce que c’est que le rap. Le rap, c’est quoi ? arrêtons de mettre le rap en quarantaine. Lorsque je me présente aux gens, je leur dis que je suis artiste musicien. Le rap c’est de la musique.


Le rap kamer ne se porte pas bien. Que préconises tu pour qu’il essaye d’avancer ?
Il y’a plusieurs phases. La première consiste à ce que les rappeurs se prennent aux sérieux. Nous ne sommes pas parfait. Nous devrions bosser sérieusement. Quand tu fais bien, il est apprécié partout ton rap, même en Chine et c’est ça la magie de l’art, elle n’a pas de frontière. La deuxième phase consiste à interpeller l’Etat qui a tendance à fuir ses responsabilités. Au Gabon par exemple, le rap est subventionné. Il manque un réel soutient aux rappeurs. Les vieux se sont installés, ils pillent le pays, ils laissent mourir tous ceux qui poussent. Je répète encore, si notre rap a des blêmes, c’est  parce que notre bled a aussi des blêmes. Rien n’avance. Les musiques qui se vendent le plus chez nous : le Bikutsi, le Makossa… ne sont pas bien traitées. Alors ce n’est pas le rap qui le sera. Je suis désolé…


T’as des conseils à donner aux jeunes MC’S qui veulent faire du hip hop ?
Je leur dis d’avoir des couilles. N’est pas rappeur qui veut. Beaucoup ont commencé rapidement et ont abandonné. D’autres pensaient que tenir le micro pouvait soulever les foules et donner pleins de meufs, d’autres croyaient que le rap pouvait les rendre star, qu’ils pouvaient toucher des gros contrats et quand ils ont constaté que ce n’était pas cela, ils ont abandonné. Pour un jeune rappeur qui a l’âme de rapper, il faut qu’il sache que ce n’est pas facile, il faut s’accrocher. Si tu viens dans le rap au kamer pour de l’argent, c’est mieux que tu sois « feyman, ou tu prends un autre chemin qui te permettra d’avoir de la maille vite et malhonnêtement »


Est-ce qu’il a une critique que tu aies peur d’entendre ?
Je suis quelqu’un qui se critique d’abord lui-même. Je me remets constamment en cause, je suis du genre perfectionniste, je me dis toujours que j’aurai pu faire mieux. Je suis un gars trop ouvert et je veux faire quelques choses de bien. La critique fait évoluer.


Des projets immédiats ?
Je bosse tranquillement sur mon album. Je fais les musiques avec Dee Jay Panebo. C’est lui qui a l’exclusivité de mes musiques. Je suis entre ma musique et mon boulot. C’est ça totalement ma vie.


Ton mot de fin ?
Je remercie d’abord Kamerhiphop.com pour le coup de pousse qu’il donne à notre mouvement. Ça me fait plaisir de voir toutes ces bonnes choses. C’est grandiose. Je pense que si les gens faisaient  confiance aux jeunes dans ce pays, beaucoup de choses changeraient. Je n’aimerai pas pointer du doigt certaines personnes. Suivez mon regard…  Je dis peace à tous les rappeurs et tous ceux qui aiment le bon son.


 

Leave a Response