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dimanche, janvier 29, 2023
On Djoss

Valsero : Dans le ghetto, tout le monde est vrai…

La première question de son interview a été posée par lui-même.
Ça fait un peu bizarre quand l’interviewé est intervieweur.
« Je suis la cloche qui réveille les dormeurs » …. Valsero.


Valsero : De quoi veux-tu que je te parle ?
Roccky : De toi.


Je m’appelle Valsero, artiste de Rap du groupe K’roz’n. Je fais également de la com.  Je suis animateur radio.


Roccky : Régulier dans le ghetto d’Elig Edzoa. Pourquoi ?
Valsero : Dans ce ghetto, tout le monde est vrai. On ne fait pas semblant. Si tu es voleur, fumeur de splif ou pute, tu n’impressionnes personne car c’est banal. Vois par exemple ces deux femmes qui  bagarrent pour une corde à sécher. Cette zone à elle seule est un pays entier. J’y viens pour recréer le Cameroun.


Ton actualité ?
En ce moment, je suis en train de mettre la dernière touche à mon album solo intitulé  «  Politikement Instable ». Cet album traite de la politique du pays, de ma vie, de la place de la jeunesse. On y retrouve des titres comme : « Ce pays tue les jeunes », « Ne me parlez plus du Cameroun », « La vie est dure ». C’est un album qui n’est pas festif mais on a prévu quand même quelques titres dansants.


Pourquoi cette haine du système en place ?
Je ne crois pas que ce soit de la haine envers le système en place. C’est la manière de gérer que je déplore. L’incompétence et l’obsession du pouvoir. Je suis déçu par la façon de diriger. Ils ne pensent qu’à eux et se servent de la jeunesse pour rester au pouvoir aussi.


Pourquoi mettre les jeunes en avant alors qu’il y a aussi des vieux qui souffrent ?
Ils disent que la jeunesse est le fer de lance de la nation. Ce qu’ils oublient c’est que 70 à 90% de cette jeunesse est au chômage et vit encore chez les parents. Il  y a pas mal de diplômés aujourd’hui qui ne font rien simplement parce qu’ils ne sont pas fils de tel ou encore, n’ont pas certaines tendances sexuelles. Faut-il forcement se compromettre pour réussir ? Je ne pense pas. J’ai la rancœur contre le système car ses piliers entraînent la jeunesse à la perdition.


Est-ce que tu penses que tes messages passent auprès des jeunes ?
Attention ! Il y a deux tranches de la jeunesse. D’une part, celle qui cautionne ce que fait et le système et qui combat mon message. D’autre part une  jeunesse qui se reconnaît dans ce que je dis. Je fais d’ailleurs  une dédicace aux membres de l’ADDEC (ndlr : Association de Défense des Droits des Etudiants du Cameroun) qui se battent du côté de l’Université de Yaoundé I pour que ça change.


Penses-tu que tu as ta place dans le Rap camerounais ?
Quand je pense que certains titres de mon album ont fait changer la façon d’écrire et de se tenir de certains rappeurs Je me dis que j’ai ma place au Cameroun.


Est-ce que le public connaît qui est Valsero ?
Si je te réponds  oui, on va se dire que je me la pète.  j’en ai rien à foutre qu’on me connaisse ou pas. Mais ce qui est sûr,  c’est qu’il y a plein qui me connaîssent. En  88-89, quand on mettait sur pied le Hip Hop Kamer, beaucoup de ceux qui gueulent aujourd’hui n’étaient pas encore dans le circuit. C’est dommage s’ils ne me connaissent pas. Ca veut simplement dire qu’ils ne connaissent pas l’histoire du Hip Hop Kamer.


Tu dis être victime du boycott de certaines radios qui ne diffusent pas tes titres… ?
Ces animateurs, je les comprends.  La vérité fait peur. En écrivant mes textes, je savais d’avance que certains animateurs inhibés et peureux ne me diffuseront pas. Je m’appelle Valsero. Je suis la vérité et je ne mens pas. On finira par m’écouter un jour ; ça prendra le temps que ça prendra mais ça arrivera. Inch Allah, je serai peut-être encore vivant.


Ton inspiration te vient d’où ?
Tu es où là Roccky ? Dans l’un des ghettos les plus cruels de Yaoundé. Je ne raconte que ce que je vis tous les jours. Cela n’a rien d’un film. A la limite, cela n’est un film que pour la poignée de privilégiés qui ne vivent pas ces choses. Lorsque je dis : « Ce pays tue les jeunes »je sais de quoi je parle. 90% des jeunes de ce quartier vivent à la « casse » ou vendent des objets volés les règles sont les mêmes dans tous les ghettos du monde. Tu essaies de me la jouer, je te saigne, ici c’est la jungle et mon inspiration naît ici.


Est-ce que tu penses que tes messages vont changer quelque chose ?
Au commencement, était la parole. Et la parole s’est faite chair. Mon message, c’est pour réveiller les jeunes qui dorment. Je suis la cloche qui conscientise les jeunes afin qu’ils puissent changer  le système qui les détruit. Nous n’avons pas le droit d’être cette jeunesse qu’ils imaginent ; qui boit la bière, danse le coupé décalé et ne fout rien. Nous ne sommes pas des moutons. La jeunesse moutonnière est morte car Valsero est là.


Est-ce que tu penses que le Rap camerounais a une valeur ?
Bien sûr, sinon je ne le ferais pas. Le rap a du sens et la valeur du moment où il s’installe dans le contexte actuel, dans la politique actuelle du pays. Certains rappeurs me donnent malheureusement impression  qu’on ne va pas s’en sortir; mais Dieu a voulu que je sois là et on va s’en sortir. A la bagarre, vaudrait mieux envoyer cinq lions que cinq cent moutons. Je fais une dédicace  à l’homme qu’on appelle Lebronz qui mène le même combat et les autres, aussi.


Est-ce que produire un album de Rap aujourd’hui au Cameroun est facile ?
Pour produire un album au Cameroun c’est méga difficile surtout pour un gars comme moi qui a un concept qui va contre le système. Il n y a personne qui veut se mouiller. Tout le monde a peur,  alors je me retrouve seul d’autant plus que je suis un indépendant depuis la sortie du ventre de ma mère.


Que penses-tu des deux tendances de Rap au Cameroun : Rap Mboa et Rap puriste ?
Moi je suis un puriste et il faudrait que les gars se mettent bien cela dans la tête. Le Rap, le bon Rap est commercial parce que tout ce qui est bon se vend. Le Rap commercial n’est pas le Rap Mboa. C’est le bon Rap qui est commercial et les puristes vendent le Rap. Il n’y a rien de plus merdique que le Rap Mboa. Je me demande comment les gars qui arrivent à écrire peuvent se battre pour ce truc, cette aberration culturelle. Et quand tu prends le Rap dans son sens propre, il n’y a rien d’aussi parfait ; je fais une dédicace à Zoxea, un rappeur français, ancien membre du collectif IV MY PEOPLE, qui a fait une chanson qui dit : «  musique rap, rap musique que j’aime… » C’est la musique que j’aime, je ne supporterais pas que les gens la dénature  en faisant du Bikutsi rap ou du Makossa rap. Si la musique camerounaise meurt en ce moment, c’est à cause de ces hybrides, parce que les gens ont fait du mako-ndombolo, du bikutsi-coupé-decalé, etc.  La musique camerounaise va s’en sortir comment ? Elle n’a plus d’identité. Ils sont juste en train de tuer la culture puisqu’ils font les choses du sens contraire et après ils disent qu’ils sont Mboa. Ça ne veut rien dire ce concept. Le Hip Hop va rester le Hip Hop.  Que ce soit en France, au Gabon, au Sénégal. Je suis un puriste et si quelqu’un achète mon album parce que je suis puriste, je ne vais pas refuser son argent. Mais, je pense qu’il faut l’acheter pour ce qu’il a dans le fond.


Rien d’oublié ?
Si. Le 8 mars, c’est l’anniversaire de ma fille, Vicka. Elle aura deux ans .J’espère que vous allez annoncer cela sur votre site. Merci

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