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mardi, juin 18, 2024
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Valsero : « Je n’ai pas peur des represailles… »

« Je suis un rappeur engagé… » C’est par ses mots que Valsero commence l’interview. Il parle de son album « politikement instable » qui sort le 21 Juillet (interview réalisée le 17 juillet, ndrl), de l’avenir des jeunes kamers…

Kamerhiphop.com : te qualifies-tu comme un artiste engagé ou comme un rappeur tout simplement ?
Valsero :
Je suis un rappeur engagé. Je me définies comme tel parce que c’est par rapport à un engagement que j’ai choisi de faire du rap. J’ai choisi de transmettre mon message, mon engagement et je me suis servi du code communicationnel qui est le rap parce qu’il sied mieux à ma personne et c’était ce que je sais faire le mieux.

Quand tu dis dans une de tes chansons « ce pays tue les jeunes…les vieux se saoulent à l’eau de feu pendant la jeunesse se meurt à petit feu » est-ce l’image que tu as du Cameroun ?
C’est un constat. D’ailleurs les statistiques parlent pour nous. Etre un artiste engagé c’est justement celui qui n’est pas obligé d’aller chercher dans le lunatique pour dire mais qui regarde autour de soit, qui se pose des questions sur des faits réels pour dire. Les statistiques au Cameroun disent pour ceux qui ont l’habitude de jeter un coup d’œil, que 75 % de la population jeune active est au chômage, 60 % des jeunes diplômés camerounais sont au chômage. En termes de chiffre c’est énorme. Et si on  sait qu’aujourd’hui c’est sur la jeunesse qu’on base l’avenir d’un pays on devrait plutôt leur donner la possibilité de s’émanciper sinon ils seront morts très tôt. Aujourd’hui on a des jeunes diplômés obligés de vivre chez leurs parents car ils sont sans travail, ou encore un jeune qui a des diplômes énormes mais obligé de chercher du travail plutôt avec un BEPC. C’est autant de choses qui aujourd’hui minent et tuent l’avenir du jeune camerounais relégué à faire des basses tâches.

Quand tu dis « ne me parlez plus du Cameroun », que veux tu exprimer ? Est-ce ton ras le bol de la situation  socio politique et économique chaotique que traverse le pays ?
Clairement. Vous savez quand  je dis ne me parlez pus du Cameroun, ce n’est pas la géographie, ce n’est pas Yaoundé, douala ou Garoua, c’est le Cameroun aujourd’hui représenter par ses institutions et c’est celles-ci qui aujourd’hui font le cameroun. C’est cette politique fausse qui ne fait pas du tout vivre le cameroun. D’autre part quand je dis ne parlez plus du Cameroun, ne me parlez plus de ce Cameroun administratif qui n’a qu’un seul rôle celui de tuer la jeunesse pour pouvoir rester. Faut pas se tromper  ce n’est pas des calebasses, ce n’est pas qu’ils aiment boirent le sang, mais ils ont basé leur réussite au prix du sang de la jeunesse. C’est comme Kérosène (son groupe, ndrl) qui dit dans ses textes «ils volent la vie des plus jeunes pour ne pas mourir » et c’est ça qu’ils font ; ils volent la vie des plus jeunes pour ne pas mourir.

Cet engagement dans tes textes ne t’a-t-il jamais créé d’ennuis ?
Moi je suis un être humain et la place que je veux occuper dans la société par rapport à mes ambitions me mettent au-delà de la peur. C’est pour dire que aujourd’hui ceux qui veulent prendre des positions, ceux qui veulent être des personnes qui veulent représenter quelque chose pour l’avenir et donc pour la jeunesse ; ceux là n’ont pas à avoir peur parce que la vérité elle fait peur mais il faut bien que quelqu’un la dise. Je n’ai pas vraiment peur des représailles, je me dis juste que aujourd’hui ce qui piège le Cameroun ce sont les institutions. On est dans un Etat démocratique et de droit et dire que ça ne va pas c’est un droit légitime. Aujourd’hui au Cameroun  il y’a la démocratie, il y’a même le contre pouvoir et nous la société civile notre job c’est de faire le contre pouvoir. Aujourd’hui notre objectif n’est pas d’enlever ou de tuer ceux qui sont au pouvoir mais de construire, conscientiser et surtout qu’ils comprennent  que s’ils veulent continuer à diriger la jeunesse, ils doivent accepter d’être conscientiser parce qu’ils ont beau diriger le pays, ils ont cependant besoin d’avoir un peu de lumière, un peu de sagesse. Notre job à nous c’est de leur apporter un peu ce qui leur manque.

Lors des dernières campagnes électorales tu  as produit un maxi dans lequel tu incitais les jeunes à aller voter. Mais dans un pays où l’on foule au pied les principes démocratiques, ce que tu dénonces par ailleurs, c’est  un peu paradoxale de ta part surtout quand on sait leur vote ne changera rien.
Ma démarche était purement éducationnelle. Elle était celle  d’éducation de la jeunesse à la culture électorale. Faire comprendre aux jeunes que le plus important ce n’est pas seulement de dire « ça ne va pas », mais c’est aussi d’exister. Dans un Etat si la jeunesse veut être présente, si elle veut matérialisée ses ambitions c’est à travers les élections. A  un moment donné le système du pouvoir en place  c’est de ne pas éduquer la jeunesse à la culture électorale, la rendre totalement idiote ce qui fait que aujourd’hui cette jeunesse ne prend pas conscience. Pourtant dans un Etat de paix comme le notre, ce sont les élections, c’es la démocratie, il faut que la jeunesse se manifeste.

Politikement instable est le nom de baptême de ton album. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
L’album sort le 21 juillet (interview réalisé le 17 juillet, ndlr) et j’ai présenté cet album comme la bible qu’il faut pour tous les jeunes qui veulent se respecter, pour les jeunes qui veulent avoir quelque chose à dire dans l’avenir. Politiquement instable c’est 7 titres qui parlent de la vie au Cameroun et présente de manière claire les conditions de vie de la jeunesse camerounaise. Cet album tire son fondement sur l’avenir de la jeunesse du Cameroun car c’est cela en fait le combat de cet album. Dans ce projet c’est de mettre en avant les difficultés des jeunes et favorisé aujourd’hui la possibilité du fait qu’un jour peut être la jeunesse aura son mot à dire. On s’est servi de la critique qui est en mode littéraire pour passer notre message. Les gens me demande parfois pourquoi toujours des critiques mais pas de solution ? N’exagérons pas, je m’appelle Valsero et non le bon Dieu et moi je fais mon job comme tout le monde. Mon job en tant que artiste c’est de constater, de relater les faits afin que nulle n’en ignore, pour que tout le monde à un moment donné de sa vie se dise que si ça c’est comme sa il peut peut-être le changer. A un nomment on me parle de solutions, moi ma solution elle est claire : allez votez et les choses changerons au pays. Vous verrez une fois que les institutions camerounaises auront changé, forcément la vie au Cameroun changera parce que le problème aujourd’hui ce sont les hommes qui nous dirigent. Il faut changer ses hommes. Il faut que ceux-ci acceptent d’être changés s’ils aiment le Cameroun au lieu de se mettre mutuellement en prison ce qui d’ailleurs ne nous sert à rien. Le plus important c’est que ça change. Quand on dit que quelqu’un a volé 100 milliards et on lui a donné 40 ans de prison, est ce que ça nous ramène 100 milliards ? Non. Il faut changer les mentalités, donner une autre orientation à la vie sociale, politique et économique car on n’est pas un pays pauvre, on est même l’Afrique en miniature.

Ne crains tu pas un boycot de l’album de la part des medias pro gouvernementaux ?
Tu sais les medias gouvernementaux j’ai fais une croix dessus. Mais je crois que même dans ces medias gouvernementaux il y’a des jeunes qui travaillent et moi je ne veux faire un tri entre medias gouvernementaux et medias privés. Mon job aujourd’hui c’est de sensibiliser le maximum de jeune parce que même dans les medias gouvernementaux il y’a des jeunes qui ont cette envie de progresser, de changer et d’améliorer leur conditions de vie. Je n’ai pas peur que l’album soit boycotté parce que la vérité elle ne ment pas. On m’appelle Valsero, je suis la vérité je ne mens pas. Le plus important c’est qu’à un moment donné chacun s’accepte. Le medias dans le développement d’un pays joue son rôle et le rôle du medias aujourd’hui c’est d’apporter aux jeunes l’éclairage sur la vérité. Si jamais la déontologie ne veut pas que les hommes de medias prennent position de manière claire, la déontologie a voulue que les artistes aient la possibilité de prendre position et les medias leur job c’est d’utiliser ses artistes pour pouvoir faire passer un message constructif pour l’avenir. Et je crois que eux  qui sont des jeunes intelligents et conscient, ils ont envie que ça change. Vous savez combien touche un animateur radio moyen au Cameroun ? 30 000 f.cfa. Et le plus bas il ne touche même pas d’argent. Dès lors ils ont envie que ça change et qu’ils passent à autre chose. Les vieux croulants qui sont à la CRTV par exemple, ils ne permettent pas aux jeunes d’avancer alors que ceux ci ont envie d’avoir des postes de responsabilité, ils veulent que ça change au sommet de l’Etat afin qu’ils puissent bénéficier des retombés de la croissance. Donc c’est tout le monde qui est concerné, on doit mettre du nu pour que nos papas qui nous dirigent comprennent qu’on a envie que ça change.

Tu as lu le 1er numéro de kamerhiphop mag ?
Oui

Comment l’as tu trouvé ?
Pour une édition zéro je l’ai trouvé bien. Vous savez le plus important c’est de promotionner les valeurs, promotionner les exemples camerounais. Et Sydney est un exemple. C’est un exemple qui montre qu’on peut croire au rêve, on peut rester à la maison et rêvé, il faut juste croire et ce rêve se matérialise et fonctionne de la manière donc on travaille. J’ai surtout aimé ce numéro parce que dans l’univers médiatique camerounais on en avait besoin car l’on n’a pas un magazine pour la musique spécialisée qui est le hip hop pourtant on a un marché important. Je crois aussi que ce magazine va permettre de vendre quelques artistes j’en suis sûr et je dis chapeau et bonne chance à kamer hip hop.

Et le site ?
Je ne suis pas trop Internet mais il y’a des gens qui s’occupent de ça pour moi et qui vont tout le temps sur le site et ils me disent que c’est vraiment le portail du hip hop camerounais. il joue son rôle de médias complémentaire pour l’avancer d’une culture. Chapeau !

Quelques points de ventes de l’album ?
Pour faire plus simple, appelez au (237) 75 06 00 84 et on vous livrera l’album à domicile.

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