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samedi, décembre 3, 2022
On Djoss

Mignon Hand : «C´est une date que je ne pourrais jamais oublier…»

Victime d´un grave accident sur l´axe lourd Douala-Yaoundé, le 20 Avril 2012 vers 15 heures, Mignon Hand, membre du groupe Mbalè Mbalè, nous accorde une interview choc et exclusive sur les circonstances de son accident. Des infos sur son rétablissement et d´autres nouvelles plus gaies…


Bonsoir Mignon, comment vas-tu ?
Je vais de mieux en mieux bien.


Tu reviens de loin, de très loin même, combien de temps as-tu déjà passé à l´hôpital ?
Je suis à l´hôpital mais le temps que j’y passe ne vaut pas ma vie. Si je suis en vie, même étant à l´hôpital ou j´ai reçu une indemnité de 60 jours, je me dis que le meilleur reste à venir. Je veux quand même et j´ai espoir que les choses iront mieux.


Que s´est-il passé ce 20 Avril 2012 ?
C´est une date que je ne pourrais jamais oublier parce qu´un accident, c´est quelque chose qu´on n´a pas prévu. Je ne peux que me rappeler des images que j´ai encore dans ma tête, très floues. Je sais que je suis dans un véhicule, je me dirige sur Yaoundé et un autre véhicule quitte de nulle part, arrive en face de nous et vient nous renverser. Honnêtement, le seul mauvais souvenir que j´ai, c´est qu´il y´ait eu des morts. Si je suis en vie, il faudrait qu´ordre et loi règnent.


Comment as-tu vécu cette épreuve ?
C´est une très mauvaise épreuve. C´est quelque chose que je ne conseillerai à personne de réclamer à Dieu, même pour  5 secondes parce que la chair humaine, ce n´est pas un morceau de pain. Jusqu´à présent, j´ai mal au niveau de la chair. Je l´ai très mal vécu  et je n´aimerai pas m´y attarder. Tout ce que je sais c´est que quand le corps humain a mal, quand le cerveau a mal, ca ne vaut la peine, on n´est pas né pour avoir mal.


Pouvons-nous avoir les détails de l´accident ?
Il n´y n’a pas souci, je ne dormais pas. J´étais assis à bord d´un véhicule de couleur bleu. Même l´immatriculation, je ne connais pas comme tous les véhicules que j´ai empreinté sur l´axe lourd Douala-Yaoundé…  on était au niveau de Pouma, j´ai pris un car de transport étant donné qu´il n´y a pas d´agence…  On est arrivé au niveau de Matomb, lieu dit 20Km de Mbankomo. Le seul véhicule que j´ai encore dans ma tête est blanc de la marque « ORANGE » que j´ai vu faire des zig-zag, c´est-à-dire qu´il quittait de son côté pour le nôtre. Et, il l´a fait trois fois. La quatrième fois, il était sur nous. Ça allait super vite. Lorsqu’´il nous a percuté, il y´avait deux personnes dans leur véhicule et elles se sont calcinées comme des morceaux de bois. C´est bien plutard à l´hôpital que j´entends dire que c´étaient des filles qui conduisaient ce véhicule  « ORANGE ». Elles se sont carrément livrées a la mort…  Je ne pourrais pas dire qu´il y´a eu éclatement de roues mais tout ce que je sais c´est qu´elles nous ont entrainées nous autres… C´est un très mauvais souvenir, d´autres y ont perdu la vie et certains leurs membres. Je ne voudrais pas m´attarder dessus mais c´est une histoire sur laquelle on devrait s´attarder parce que jusqu´a présent, après cet accident, on en a plus jamais parlé, alors qu´il y´a eu mort d´hommes. On a une chaine nationale, la CRTV qui a publié qu´il n´y a eu qu´un seul mort… C´est archi-faux ! Quand il y´a mort d´hommes, dites qu´il y´a morts. Ne cherchez pas à voiler le problème. Je ne dirai pas que c´était un excès de vitesse ou pas de notre Côté parce que j´étais pas chauffeur. Mais, il faut éviter de voiler quand il y´a mort, pour que le prochain chauffeur qui passe par la, essaie un peu d’enlever les pieds sur les gaz…
Les medias ne devraient donc pas être partisans lorsqu’´il y´a mort d´hommes ?
Bien sûr… C´est facile de corrompre les mœurs. Les mœurs c´est toi, moi, ma maman, ta maman, c´est ta nièce… Quand il y´a dégâts, quand il y´a amalgame, il faudrait s´asseoir et dire aux gens, il y´a eu ceci ou cela. Quand on cache, on ne sait ce qui s´est passé et le prochain chauffeur qui passe par là, va s´amuser sur le même tronçon et perdre aussi la vie. Il faudrait aussi qu´en tenant le volant, il sache qu´ici hier, il y´a eu 12 morts, donc il faudrait enlever les pieds sur les gaz. On pompe, on meurt, c´est simple. Les médias c´est ça leur rôle, essayons d´être vrais. Aujourd´hui, j´ai un bras touché. Je ne suis pas né avec une cicatrice mais je suis sûr que je peux avoir des problèmes.  Il y´en a qui ont perdu les membres de leur famille. Quand on n’en parle pas pour donner des résolutions, qu´est-ce qu´on va en faire ? Il y´a des gens qui sont mortes, c´est comme si on a ignoré ceux-là. C´est passé comme une lettre á la poste, c´est pas bien… il y´a des infos qu´on ne garde pas. Mais j´ai remarqué que dans mon pays le Cameroun que j´aime bien, c´est lorsqu´il y´a une info qu´on ne demande pas de balancer, c´est celle là qu´on balance. Et les vrais infos, ils les masquent, je ne sais pourquoi…


Combien de temps après est-ce que les secours sont arrivés ?
Je comprends pourquoi les gens meurent sur l´axe lourd au Cameroun. Tout simplement parce que si chacun vient avec son véhicule super propre avec du plastique à l´intérieur, il n´a pas besoin de porter du sang. Ça j´en suis sûr. Nous, on n´a pas cotisé pour acheter leur véhicule. Mais la moindre des choses quand quelqu´un demande de l´aide, ça ne vaut pas la peine de le fuir. Quand tu vois ou que tu peux, il faut l´aider parce qu´á le tour ? ça peux arriver à tout le monde. J´ai vu des gens perdre le sang, moi aussi, assez. Et on m´a rassuré que si je trainais encore là, je trépassais. C´est au niveau de l´os que j´ai perdu du sang et on ne blague pas avec. On sait tous que s´il faut paralyser quelqu´un, tu n´as qu´á toucher son os. Si tu le fais, il perd beaucoup de sang et il est prêt à partir.


Comment se passe ton rétablissement ?
Super bien parce que je ne pourrais pas dire mal, sinon je serais ingrat. Depuis le 20 Avril, je vois le changement. Etant donné que trois jours plutard, j´ai eu une gangrène au bras droit. Il pourrissait déjà. J´ai subi une opération à l´hôpital central, on m´a dit directement qu´on devait amputer mon bras. Dieu merci, le CHU a posé la bonne personne en route pour le travailler. Il va heureusement déjà mieux et  j´ai espoir car encore trois semaines de pansement. Tous les jours, je crois que si Dieu met bien sa main, tout ça sera déjà parti. Ce ne sera plus qu´un mauvais souvenir et cette date là, je l´enterrerai très loin.


Que penses-tu de l´axe lourd Douala-Yaoundé au vu de votre situation et de l´expression « la route ne tue pas mais c´est nous qui tuons » ?
C´est une chose, dans notre pays on n´a pas de route. Je n´appellerai pas ca axe lourd car j´en ai vu. J´ai fait Nkongsamba, je connais l´axe. Je connais ce que c´est qu´une route et une piste. Douala-Yaoundé n´atteint pas l´axe de Nkolbisson. Je crois que si on regarde tous les projets qu´on a dit qu´on va lancer, on aura un peu moins de morts. Il y´a des mauvais tronçons et ils ont été mal travaillé. J´ai peur de rentrer en route mais je vais rentrer.


A t´entendre, on comprend également que ton accident est dû au laxisme de deux filles ?
Je peux même vous le rappeler sincèrement. Je vous l´ai dit, c´est pas pour tirer sur les gens. Je parie que cette voiture pouvait prendre la route et passer. S´il n´y avait pas eu accident, je ne le dirai pas et je n´ai pas de profit à le dire. Elles ont vraiment perdu le contrôle de leur véhicule. Je vous rassure que je n´étais pas le seul, je connais une personne survivante qui vous dira la même chose. Si ce n´était pas le sommeil, c´est le contrôle de leur voiture qui les a lâché et elles sont venues nous percuter. Le moteur de notre voiture est quitté et est allé au sol. Si elles étaient plus vigilantes, je crois que ça ne devait pas arriver. Et puisqu´elles allaient à vive allure, leur véhicule se retrouve dans le ravin, les quatre roues en l´air et il prend feu ! Si c´était nous les fautifs, je crois que ça aurait été notre position. C´est tout…
C´est une aubaine, une très grande chance de vous avoir à nos côtés quand on saisit l´ampleur cinématographique de votre accident…


C´est vrai. J´ai toutes les preuves possibles même en te montrant mon bras droit et te demander d´accepter juste que la lame te blesse. Je pense que si le choc n´était pas autant violant, ça ne devrait pas être ainsi. J´ai ces mauvais souvenirs dans ma tête quand le bras commence à me faire des bobos. Il est statique, je ne peux pas faire des va-et-vient. Il va falloir subir une rééducation. Mais là également j´ai peur parce que la radio ne voit pas les nerfs. Il est possible qu´ils soient atteints. Et si c´est le cas, je ne sais pas comment je ferai pour diriger ma main vers la bouche pour tenir un micro. C´est dangereux et pas à entendre, ni à voir. J´ai une très mauvaise blessure. C´est pourquoi je voulais te montrer une photo.


As-tu un mot à dire quant à l´événement organisé en ton honneur et pour te soutenir ?
Je suis super content, j´ai été honoré quand je l´ai appris. Chez nous au Mboa, on a un problème de salle de spectacle et de matériel. Un très grand Big Up à celui qui a laissé sa salle ce jour pour que ce spectacle ait lieu. Très grand merci à toute la famille, ceux qui étaient là et ceux qui n´étaient pas là. Ceux qui ont pensé à moi, ceux qui m´ont oublié et tout le reste, je les remercie et tout ce que je peux rajouter c´est que l´avenir est à nous. Donc pas la peine qu´on fasse la bagarre, il y´a de la place pour tout le monde dans le showbiz, pour tous les rappeurs. Tout le monde a une politique. La mienne c´est de rester « vrai, Peace ». Et si les gars sont venus aussi nombreux, c´est parce qu´ils n´ont jamais entendu parler de Mbale dans un sens gonflé, boudeur ou quoique ce soit de négatif. Si je n´étais pas un mec chanceux, veinard, ils ne seraient pas venus. Et je ne pouvais pas me sortir de cet accident. Je ne sais pas comment les remercier mais je le ferai en organisant un truc qui s´apprête. Je crois que dans deux semaines, je serai capable de tenir le micro même avec le bras gauche. On remettra ça ensemble et on va s´amuser. Les footballeurs se retrouvent entre eux et poussent leur ballon. Avec notre 2-0, on se retrouve avec un micro, on se déchire, on s´affronte, on se critique… on s´amuse, c´est la seule chose qui reste à faire. Mais soyons vrais sans toutefois piétiner les autres. Je suis prêt à remettre ça pour quelqu´un d´autre. Non pas parce qu´on me l´a fait mais pour faire plaisir aux autres… Et on ne peut se moquer du lendemain car on ne sait pas comment il est fait.


Il y´en a tout de même qui pensent qu´il ne faut pas que les gars soient présents juste dans des moments difficiles ou de malheur, qu´en penses-tu ?
Je suis tout à fait d´accord. Je me dis aussi pourquoi on ne peut pas s´asseoir entre nous, organiser des trucs pour s´éclater et s´amuser dans notre mouvement. Il va être accessible, il l´est même déjà. Big Up aux gars qui tiennent déjà le chapeau, aux anciens comme aux nouveaux qui ont bousculé le mouvement Hip Hop. Auparavant, j´ai rappé on m´a donné 500 FCFA. Avant cela, j´ai payé pour chanter. Aujourd´hui quand je monte sur le podium, on me donne au moins une centaine de Kolo… Et il y´en a qui touche déjà les millions. Donc c´est un métier comme tout le reste, soyons juste vrais et sérieux dans ce qu´on fait. Mettons-nous à l´œuvre. C´est bien que les gars se rendent compte que lorsqu´il y´a malheur, il faut être là, c´est une famille. Qui est donc le leader pour les regrouper ? Pour se retrouver et faire le show. Je n´ai pas besoin qu´Idrissou m´appelle pour le Kamerhiphop, si je suis dans la ville, je cours, je suis là je fais mon truc. Je viens d´abord pour moi et, des Kamerhiphop, j´en ai fais et j´y viens parce que j´aime ça, pour aussi encourager l´initiative. Faisons des trucs pour avancer… J´ai des frères et des potes qui comptent sur moi. Même le mouvement Hip Hop, c´est pourquoi il n´a pas voulu que je m´écarte.


Un conseil à donner à ces jeunes qui rêvent énormément, étant donné que tu nous as dit que tu as pour 500 FCFA ou même payé pour le faire bref par amour du Hip Hop ?
Il faut rêver pour arriver. J´ai rêvé et je ne peux pas te dire que je ne suis pas arrivé. Je suis arrivé. Là où Dieu a dit que tu vas arriver… il y´a plusieurs manières d´arriver. Quand j´étais au lycée, je rappais sur les tables, j´ai rêvé avoir une face B et je l´ai eu. J´ai rêvé avoir mes propres Beat, je les ai eu. Apres cela, j´ai rêvé avoir un maxi single, c´est fait. Et, je suis désolé, la sortie de l´album c´est en septembre 2012… c´était tout ça mon rêve, il se réalise. Maintenant, il faut bagarrer sur le reste, il faut que ça me paye. Il faut avoir la politique et ses moyens. C´est mon métier et je l´aime grave. Tout ce que je peux dire à la nouvelle génération, c´est de rêver et de rester vrai. Il faut qu´elle reste Mbale (Mbale veut dire vrai…). Je suis vrai, si ne l´étais pas, je restais en route. Les rares gars qui ne se prennent pas la  tête et passe à la télé tous les jours c´est moi…


Une info à venir pour le Mbale Mbale ?
Il y´en avait pour le mois de mai, mais l´accident a tout cassé. Y´a pas de souci, je remets ça au cabaret Seven. Un concert de remerciement du plus profond de moi. Le 23 Juin au Seven et le 30 Juin au Centre Culturel Savannah au quartier Fouda. Ce sont les deux premières dates que j´ai. Sur place, il y´en aura d´autres. Mais il faut d´abord que le gars se recycle le bras parce que comme noc concerts finissent toujours avec les bagarres, il faut être prêt (rires).


Un mot à dire aux fans ?
Ouais bien sûr, le mot des fans ne peut pas manquer. Ce sont eux qui me donnent la force d´y croire. Quand j´entends parler de Mbalè Mbalè, 2 personnes au moins, ça me donne la force de faire de belles mélodies. Qu´ils ne s´inquiètent pas, cette fois-ci, ils vont danser 4000 à l´heure.


Et l´album á venir ?
L´album sera sur le marché dés le mois de septembre. Il faut juste caler la date et on annonce tout ça à partir du 23 Juin. On va fêter ça, c´est en route. L´album va s´appeler « Hemlè » qui signifie la « foi, la détermination ». Celles qui caractérisent toute la jeunesse camerounaise. Tu n´as pas de foi, tu es un homme mort. C´est votre foi qui vous a mené jusqu´à moi aujourd´hui par exemple… C´est donc cette détermination et cette foi qui caractérisent le groupe Mbalè Mbalè. Je sors de très loin… je ne suis pas d´une famille bourgeoise. On est parti du village pour venir s´imposer dans une grande ville comme Yaoundé. Là où il y´avait des tenants du titre comme le grand Krotal, la Zomloa Familia… Et si dans cette masse, tu arrives à installer ton nom. Yaoundé c´est à peine 5 millions d´habitants, si 2 millions te connaissent, c´est déjà un prix ! On rêve de faire danser le Cameroun.


L´équipe de Kamerhiphop.com te remercie pour ton hospitalité et te souhaite un parfait rétablissement.
C´est moi qui vous remercie. Je suis sûr que les gars ont beaucoup prié pour moi et je continue à prier pour eux parce que je crois qu´on aura trop de bonnes chose à faire ensemble. Ce n´est que le début, c´est maintenant que ça commence. Merci !

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