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dimanche, février 5, 2023
On Djoss

Krotal : « Dans le milieu musical, le hip hop a toujours eu une longueur d’avance… »

Krotal est de retour de son séjour en France où il a finalement conclu avec le label Border Blaster un contrat pour ce qui de la distribution de son dernier album « B.O de nos life ».
Au passage, Krotal va signer un feat avec Sexion d’Assaut et H. Magnum qui s’intitule « Excellent ». Nous avons également eu le privilège de visiter son studio encore en chantier, mais surtout d’écouter ses prochaines tueries notamment le feat avec Mokobé, Freddy Massamba, Sanzy Viany, killa Mel et autres… vous voulez aussi savoir ce que pense cette icône du rap, du hip hop kamer actuel ? Lisez plutôt la suite.
Pas mal de projets en court de ton côté, notamment ton studio d’enregistrement qui une fois fini obéira aux normes internationales ; dis-nous déjà, aurais-tu bénéficié d’un quelconque appui pour bâtir ce futur temple de la musique dans la ville de Yaoundé ?
Aucun financement, aucun coup de main, aucune aide ; c’est mes cachets que je perçois à travers mes nombreuses scènes depuis des années qui m’ont permis de bâtir ce que vous avez devant vous. Dans la cour j’ai prévu construire une salle des répétitions qui sera enterrée pour ne pas dire au sous-sol et au rez-de-chaussée il y aura une aire de repos pour les artistes.


Qu’en sera-t-il des activités sportives, car on voit bien des équipements et matériels sportifs pour athlètes de l’autre côté de la cour ?
Oui, nous avons  préparé des courriers que nous pensons adresser à la mairie de Yaoundé 1er afin qu’elle nous loue ne serait-ce qu’un terrain, comme ça on pourra déporter notre matériel de ce côté-là et y bâtir une salle de sport digne de ce nom.
Beaucoup te connaissent en tant qu’artiste hip hop, mais il est important que le monde sache que Krotal c’est aussi un grand sportif et surtout un chef de village…
(Rire), oui, vous savez au Cameroun les chefferies de 1er degré sont héréditaires, pour dire que depuis notre arrière-arrière grand-père on occupe ce rang de génération en génération.


Beaucoup se demanderaient comment est-ce que le hiphoppereur Krotal gérerait toute une communauté ?
(Rire), écoutez ça n’a rien à voir, c’est plus personnel et familial, on ne demande pas ton avis ; mon feu père était chef, quand il est décédé on m’a immédiatement mis à sa place…


Tu ne réponds pas à la question Krotal ; on aimerait bien savoir, entre ta carrière artistique, sportive et ta vie de chef, comment arrives-tu à t’en sortir ?
Il faut juste être pratique et garder les pieds sur terre. Tu prends ça comme des compartiments et tu gères chaque chose en son temps en essayant de donner à chaque fois le meilleur de soi.


Et selon toi, laquelle des activités est la plus difficile à gérer ?
C’est la vie familiale qui est la plus difficile à gérer.


Parlant de famille, comment se comporte ta famille ?
Très bien, tout le monde se porte à merveille ; les enfants sont à l’école, madame est au travail. Moi il m’arrive de bosser jusqu’à 2h du matin et de me réveiller très tôt, ou encore de voyager tout le temps, alors ce n’est pas évident.


On aurait aimé tomber un jour où tu as sur la table les multiples plaintes de familles et de ton groupement.
Vous savez c’est juste des problèmes inhérents aux villages ; ça se gère de toutes façons.


Parlons à présent de ton actualité artistique ; tu reviens d’un sejour en France où tu viens de boucler un featuring avec H Magnum et le Sexion D’Assaut, qu’as-tu à nous raconter de cette aventure ?
En vérité, j’ai signé avec le label Border Blaster qui produit Manu Dibango, il était question qu’ils écoutent le produit « B.O de nos life » et ça a pris 8 mois pour qu’ils signent. Du coup sur le plan national il a fallu arrêter la promo ; mais une fois qu’ils ont signé, les premiers actes pour me ramener au devant de la scène étaient entre autre ce featuring avec Sexion d’Assaut et H.Magnum, le titre s’intitule « Excellent ». C’est vrai qu’ils avaient déjà fait une vidéo qui actuellement est à plus de un million cinq cent mille vues, il était juste question que je fasse des insères et tout est fin prêt à l’heure où nous parlons.


Alors ça fait quoi de partager le micro avec l’un des groupes les plus en vue du moment ?
Je prends toute expérience, ça me permet de partir sur des registres que je maîtrise parfaitement, mais qui par rapport à ma façon de travailler habituellement me pousse à me balader sous d’autres formes ; mais c’est toujours du hip hop à la base et malheureusement le gens se disent qu’un pro du fond c’est sûr que la forme tu ne la maitrises pas, tu n’es pas « technicien » comme ils ont l’habitude de le dire (rire) ; en tout cas ce fut un plaisir de bosser sur des sons comme ça.


Aujourd’hui tu te tournes véritablement aussi dans la production et ton premier kif va à l’endroit du groupe « le Reflet » ; pourquoi ce groupe tout d’abord ?
Il faut dire qu’à une époque je produisais une émission télévisée à la CRTV qui s’appelait « Coca Dream » et ils y ont participé et ils traînaient aussi avec des petits à moi à l’instar d’AK Sang Grave, Jah Missah, T-Mister… un jour, ils sont venus à ma rencontre et le feeling est passé ; en réalité quand je suis parti de Mapane Records, ils sont les seuls  qui m’ont suivi et me sont restés fideles.


Donc c’est par pure reconnaissance ?
Non, du tout. Il faut juste dire qu’au delà de leur talent, on se connait très bien et ils ont vu toutes les étapes de Ndabot Records. En même temps, on avait entrepris un album il y a 4 ans, puis un jour on s’est rendu compte qu’on n’avait pas la bonne ligne et on a tout effacé et en deux semaines on a fait quelque chose d’extraordinaire. Il y a feat avec Mokobe, Freddy Massamba.


Pour un artiste hip hop de ton acabit, qui voyage énormément et côtoie d’autres grands artistes à l’international ; pourquoi le hip hop kamer peine t-il à trouver les frontières quand on sait qu’on a de très bons monteurs de clips, de bons rappeurs, de bonnes sonorités ?
Il ne peine pas à gagner l’international c’est juste qu’il faut tout repenser du sous-sol jusqu’au plafond. Les ventes de nos jours ne se font plus matériellement, c’est en ligne. Opagangna style ou je ne sais plus trop quoi, bref ce coréen qui a été vue plus d’un milliard de fois, si la moitié seulement a téléchargé ce titre à un dollar, forcement tu imagines le chiffre qu’il se fait. Aujourd’hui les camerounais se tuent à vouloir passer sur trace Africa, or cette chaîne n’est même pas sur câble en Europe. D’ailleurs là-bas la plupart des gens ne sont pas câblés. Je n’ai pas de problème avec Trace Hein, ce sont même mes amis. Mais Trace Africa ne tourne qu’entre nous, en Europe si possible on regarde Trace Urbain c’est tout. Il y a aussi que le hip hop camerounais a été désorienté de sa cible, parce que les jeunes que je vois sur les affiches partout là, excusez-moi mais ils ne ressemblent pas aux jeunes camerounais. Plus important encore, dans le milieu musical le hip hop a toujours une longueur d’avance ; c’est nous qui avons corrigé la qualité des vidéos, c’est grâce à nous si les cachets des artistes ont été majorés en amenant des branches de métiers comme le management, du coup on a arrêté de plaisanter avec les artistes c’est nous qui avons montré aux annonceurs qu’en organisant des scènes avec des artistes locaux, ils rentraient dans leurs frais au lieu de faire venir des artistes qu’ils partent sur la lune. Et quand on a arrêté ce bras de fer, ils sont rentrés à leurs bonnes vieilles habitudes, or nous on est fatigué, ce n’est pas possible de le faire tout le temps.  Donc c’est plus un problème de visibilité. Pourquoi ne pas organiser les scènes gratuitement ? C’est la seule solution car on a amené le camerounais à dénigrer sa propre culture au point où pour lui il a oublié que ça a de la valeur. C’est des promoteurs de musiques urbaines qui doivent faire ça.

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