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vendredi, décembre 9, 2022
On Djoss

panie : Que l’artiste puisse enfin vivre de son art au Cameroun..

Qui est Patricia ?
Je suis une camerounaise de 30 ans (hey ça passe vite, y a pas longtemps je fêtais la sainte cathérine…), 177cm, 85kg à jeun (lol), célibattante et maman d’une adorable fille de 4ans.
J’ aimerais avant de poursuivre  cet interview rappeler brièvement, pour ceux qui ne le sauraient pas, qu’ est ce qu’ un Manager. Le manager Artistique est la personne en qui l’ artiste place toute sa confiance et lui confie les autres aspects de son fonctionnement  pour se consacrer essentiellement à son art. Le Management est donc la gestion et le développement de carrière artistique.


Comment t’es arrivée dans le management des artistes?
simplement par passion. A la base je suis une passionnée de musique et c’est devenu heureusement pour moi mon métier grâce à un groupe adorable qu’ il n’ est point besoin de présenter, le groupe Macase, qui, y a un peu plus de 7 ans, me confiait leur dossier à déposer pour l’inauguration d’une compagnie de téléphonie de la place, je m’amusais déjà à jouer ‘inconsciemment’ au  Manager et je m’y plaisais plutôt (lol) Toujours grâce à Macase, j’ ai rencontré personnellement pas mal d’artistes nationaux et  internationaux ( Manu Dibango, Richard Bona, Lokua Kanza, Ismael Lo, Mario Canonge, les Nubians, Négrissim, OAN, .etc.) et assister à pas mal de spectacles ici et ailleurs. A mon retour au Cameroun y’a un peu plus de 3 ans, j ai assisté, après un spectacle de Manu Dibango à Douala, dans une gargote de Deido, en compagnie de Macase, quelques amis  et du staff de Manu  Dibango, à la première interprétation publique de « je go »…Quelques temps après  y a eu Ajajo qui, en me confiant la gestion  artistique du Kamer Groove m’a donné l’occasion de « m’exprimer » professionnellement.  Ensuite y’a eu ma participation en tant que co-organisatrice du  « spécial Kamer Groove Douty contre Koppo, arbitre Krotal » avec Blick (NDRL, Producteur de Koppo) et Ajajo le 02 Avril 2005 sur les berges du wouri. Toutes ces expériences m’ont « éduquée » professionnellement …
La suite est arrivée toute seule je pense, mon premier contrat de management  avec Krotal, ensuite Koppo puis Thierry Olemba dans le Hip Hop et Lili C dans un tout autre style musical.


Est ce facile de manager des artistes tels que krotal et koppo?
Facile je ne sais pas trop, ça dépend des circonstances et de la volonté de chacun. Je dirais plutôt que bosser avec eux  est une école, on ne comprend pas toujours, (nous avons tous des caractères assez spéciaux) mais il faut être réceptif, pour avancer utilement. Aujourd’hui je bosse avec Krotal et Thierry O qui sont des mecs super respectueux et qui, en plus ont une « tête pleine ». C’est vrai, chacun a ses défauts (moi avec), mais j’ai appris à connaître mes artistes, ce qui  me permet de mieux gérer les différentes situations qui pourraient se présenter. C’est un exercice fascinant  parce ce que  par la même occasion je me découvre.


Actuellement, tu es le manger hip hop le plus sollicitée. Alors c’est quoi ton secret ?
Ah  oui??? C’est flatteur ! je ne le savais pas. Faudrait peut-être retourner la question aux artistes. Mais je pense à 3 trois choses : La passion (qui est la base positive du boulot), le boulot ( qui éloigne des 3 maux), l’humilité (reconnaître qu’on a pas toujours  la science exacte, se rapprocher des meilleurs pour apprendre, cultiver  l’esprit de recherche, être à l’écoute…) tout ceci dans la bonne humeur , ajouter à mon petit côté maternel; Autrement c’ est mon amour pour le travail bien fait, ma rage de vouloir faire respecter  nos artistes et de participer au développement et à la  professionnalisation  du milieu. Nous avons chez nous des talents incroyables mais malheureusement y’a très peu de manager sérieux, pas mal d’artistes ont été dupés et je peux comprendre la réticence de beaucoup d’entre eux quand on parle de manager.
J’essaie d’appliquer le fameux adage « quoique vous fassiez dans la vie, faites-le bien…»


Nous savons qu’en Mai 2006 tu as été au Gabao Hip Hop festival. qu’as-tu appris de ce festival ?
j’ai bénéficié d’une formation en management artistique avec des formateurs de renom tels Lotère Gomis (Manager de Didier Awadi), Emmanuelle Choin (Sg de l’AMI  basée à Marseille) et le Dr Fometeu spécialiste en droit d’auteur ; j’ai appris à « canaliser » pas mal de choses. Quand on gère la carrière d’un artiste, il faut être vif, précis et à la fois très fin. Après la formation, y’a eu le festival proprement dit qui représentait pour moi  le côté pratique de l’atelier ; Nouer les contacts (on ne sait pas toujours qui on a en face), gérer les différentes tensions liées à la pression du spectacle etc.… en gros, j’ai appris à bosser de façon purement professionnelle.


Quelle comparaison fais tu entre le hip hop Camerounais et le hip hop Gabonais ?
Contrairement au hip hop Camerounais, le hip hop Gabonais est de loin mieux structuré. Y’a toute une mobilisation autour du Hip Hop Gabonais alors qu’ici Hip Hop = voyous dans beaucoup d’esprits ; même si je reste convaincue que la base reste la mentalité ; j’ai trouvé génial de voir  sur le festival les spécialistes de différentes structures réputées bosser ensemble pour la bonne tenue du festival, on comprend tout de suite qu’il y’a de la place pour tout le monde ( ils dissimulent bien leurs problèmes en tout cas)  mais ici, malheureusement dans l’esprit de beaucoup, il y’a  de place que pour UNE personne, et c’est un niveau de peau de bananes incroyable !!! au lieu de collaborer avec son collègue, il faut descendre son concurrent ;on supporte mal le succès de son collègue parce qu’on pense qu’on vaut nettement mieux… mais je reste très positive parce que je pense qu’un vent nouveau souffle chez nous ; on a des exemples concrets comme kamerhiphop.com qui s’investit vraiment dans le mouvement , y’a des professionnels  comme Damon Williams qui posent des actes concrets pour le développement et l’épanouissement du hip hop au Cameroun et ailleurs, y’a des jeunes artistes qui se font remarquer plus par leur boulot que par les dégâts causés par leur ego pas toujours bien placé, y’a pas mal de bonne volonté , c’est tranquille ; beaucoup comprennent qu’on est peut-être pas obligé de s’aimer mais on doit collaborer pour faire avancer la machine et nous sommes en route, ça ira….


Dans un mouvement dit « de machos », alors comment s’est passée ton intégration ?
Mon intégration à été je dirais plus facile que difficile ; sans prétention quand on intègre un milieu et qu’on s’exprime plus via ses actes qu’autre chose, c’est tranquille. On ne laisse pas l’occasion à celui qui est face de se demander  de quel sexe on est ; encore que je ne venais occuper la place de personne mais plutôt combler positivement un vide. J’ai eu l’avantage de rencontrer les bonnes personnes au bon moment, j’étais assez briefée sur le milieu. Jusqu’ici je n’ai  pour collègues que des mecs et nos rapports sont plutôt bons et je pense que la musique avant d’être une histoire de mecs ou de meufs est une œuvre de l’esprit, pareil pour les métiers qui l’accompagnent ;


Quels sont les problèmes que tu as rencontré dans ce milieu ?
Y’en a eu pas mal et de tout genre mais mon principal souci a été la mauvaise communication, le manque d’information auprès des artistes sur le métier de Manager  mais je pense que mes collègues et moi arrivons à travers les différents artistes que nous gérons  à valoriser notre métier. Pour ce qui est du reste,j’avoue que je me concentre plus sur ce que j’ai à faire que sur le souci que je peux poser à certaines personnes; le but dans l’ histoire c’est de gagner du temps, pas d’en perdre.


Patricia croit elle au hip hop Camerounais ?
Oui ! Oui ! Oui ! ce serait idiot de dire non ; on a des talents incroyables au Cameroun, ceci dans tous les domaines du Hip Hop ; il appartient à chacun de développer ses talents ; ça prendra peut-être du temps mais on y arrivera.


Selon toi, quel est (ou quels sont) le ou (les) maillots faibles du  hip hop kamer?
Comme j’ai dit plus haut, on est peut-être pas obligé de s’aimer mais on est obligé de bâtir ensemble pour valoriser notre mouvement, notre culture… ; je reste convaincue que Dieu nous a crée différents pour cultiver notre intelligence, pas pour nous jeter des pierres, les unes parfois plus lourdes que nous-mêmes (le début du ridicule) ; Et puis je pense que le pire d’entre nous à toujours des ailes cachées quelque part et qu’il faut l’aider à les ouvrir au lieu de le condamner..


Tu bosses actuellement avec des artistes confirmés. Alors, comptes tu également bosser avec des jeunes artistes en devenir ? si oui, on peut avoir quelques noms ?
Oui bien sûr ; Je n’ai pas choisi de bosser avec des artistes confirmés, le  feeling est passé tout seul je pousserais un peu en disant que la nature a choisi pour moi ; c’est auprès d’eux que j’ai commencé à être sollicitée par les jeunes ; j’avoue que l’idéal pour moi serait  d’avoir une équipe soudée et professionnelle parce que  toute seule je ne pourrais pas tout faire ; je reste néanmoins disponible et à chaque fois que je peux, je donne un coup de main aux jeunes artistes qui font appel à mon expérience via un point de vue ou autre; je commence toujours par expliquer qui on appelle  Manager et pourquoi un artiste en a besoin pour décoller… je tairais pour l’instant les noms dans le milieu du HH. Ce sera fait quand il faudra passer à la dégustation (lol). (J’avoue quand même avoir eu un faible y’a plusieurs mois pour les textes de Œil de Faucon, et son new look avec Danielle EOG m’a littéralement renversée ! très original !!!)Par contre je vous invite à découvrir Lili C sur www
.lili-clabombe.com, une jeune artiste talentueuse qui fait un autre style musical que je trouve assez original.


Y’a-t-il une critique que tu aies peur d’entendre ?
Peur d’entendre, non ! Quand on choisit d’avancer, on s’accroche ! Un peu le « qui veut aller loin ménage sa monture… » On s’attend à tout ça permet d’amortir les éventuels chocs… et puis y’a un truc que je trouve assez consolateur : ce n’est un secret pour personne, au contraire du mal, le bien est invisible ; l’apogée du mal que chacun redoute n’est rien d’autre que  la fin du monde et ce même chacun semble ignorer que l’apogée du bien a déjà eu lieu…le jour de la  Création ; So, i’m not afraid at all !!!



Comment vois tu le hip hop camerounais dans 10 ans ?
Je le vois mieux qu’aujourd’hui en tout cas, c’est possible si chacun y met du sien. Il y’a 7ou 8ans, un après-midi à Bastos, je découvrais le charisme et la profondeur des textes de  Boudor, Sadrack, Busta, Fulaw, Polo, Pierre-Yves et quelques  autres donc les noms m’échappent malheureusement , autour d’une chanson, soutenus par le Macase aux chœurs et aux instrus ; je pensais que Macase soutenait un groupe de rap ; j’ai été assez surprise de découvrir que  c’était des groupes différents ( Négrissim, Oan, etc.…) la fusion était géniale, pour moi ça reste une très belle image, même si après y’a eu des orientations différentes.


si t’avais des conseils à donner aux jeunes filles qui veulent faire du management comme toi, qu’est ce que tu as à leur dire ?
Faut déjà le faire par passion, c’est le chemin de l’épanouissement ; quand on est épanouie, on est capable de plein de choses, les unes aussi positives que les autres ; ensuite faut s’armer de beaucoup de patience ( c’ est impératif pour les négociations des divers contrats ici ou ailleurs), prendre les coups avec beaucoup de hauteur (parce que malheureusement le Manager n’a pas presque jamais le bon rôle : Quand l’artiste tourne,c’est parce qu’il est talentueux et quand y’a une période de vache maigre, c’est le manager qui est incompétent ( rires), voila l’analyse des esprits peu éclairés…dure réalité quand même hahahahaha. Non mais sérieusement c’est un métier délirant, avec votre permission je dirais excitant, ça va en dents de scie ; Après  faut aimer les voyages (dans des conditions parfois insolites) etc…


Quels sont tes projets à venir ?
La création de mon AMURA (en cours) axé sur le management des musiques urbaines et rurales. Communiquer et valoriser la profession de Manager (ça c’est un boulot de tous les jours, till the end of time), la préparation de Thierry O qui ira « bouleverser les systèmes cardiovasculaires »  pendant le Gabao Hip Hop festival dans 3 mois, le lancement du nouvel album de Krotal et du tout premier de Thierry O… y’a pas mal de surprises, keep in touch…


Tes souhaits pour 2007 ?
Que l’artiste puisse enfin vivre de son art au Cameroun. Y’en a marre de tous ceux qui se font de la maille sur le dos de nos artistes ; que chacun occupe sa place et assume pleinement son rôle ; c’ est ensemble qu’on y arrivera.


Stay blessed and always keep The Faith

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