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vendredi, décembre 9, 2022
On Djoss

Boudor : « Je ne suis plus membre du groupe Negrissim »

Ses chansons sont sur toutes les lèvres en ce moment et font la pluie et le beau temps sur les antennes des chaînes de radio. Retranché dans son bunker à Bonaberi depuis son retour de son exil sénégalaise, le rappeur Boudor se livre « en faim au kamerun » Dans cet entretien exclusif il nous parle de son dernier album, sa carrière, du festival koubalanta et de son ex groupe Negrissim.

 

Kamerhiphop.com : Boudor tu viens de mettre sur le marché ton album « En faim au Kamerun » Peux tu nous en dire plus ?

Boudor : Merci premièrement pour votre bonne intention. Parlant de cet album, c’est le résumé d’un passé riche en expériences que j’ai tout simplement voulu partager avec le public d’ici et d’ailleurs. L’album a 18 titres. Il est sorti le 27 (juin) pour mettre en valeur le chiffre 9 le chiffre des anges, parce que j’ai pris conscience qu’un artiste est un ange, c’est à dire un messager, et ça se valorise d’une manière ou d’une autre. Cet album a été baptisé en faim au Kamerun, parce que j’avais faim de donner, ce qui est plus important que prendre. En faim aussi parce que c’est depuis 1989 que je suis dans le hiphop et c’est seulement maintenant en 2009 que je sors mon premier album solo déjà sorti au Sénégal en 2007.  Cet album est un caléidoscope de couleurs et de colère. Un miroir présenté au public. Je leur demande à travers celui ci d’avoir le courage de se mirer. Toute vérité est bonne à dire est le slogan de cet opus qui part du premier titre  » papa munia » c’est à dire le compteur, parce que je rap comme je parle, pour finir avec « la prière de paix« .

 

Côté featuring tu t’entoures des mc’s en majorité du Sénégal (Keyti, Fatadi, Still…) mais aucun du Cameroun hors mis princesse kadidja, Masta Wolfy. Comment expliques-tu cela, pourtant ce ne sont pas des ‘‘plumes tranchantes aux flow méchants’’ qui manquent ici ?

Pour les featuring avec les artistes du bled, tels que Mastah Wolf-y ou princesse Khadidja, j’ai tout simplement pris conscience qu’il faut penser aux roues de secours quand on roule, c’est à dire à la relève. Mastah Wolfy est pour moi l’un des meilleurs rappeurs Kamer qui rap bien en anglais et qui a énormément d’amour pour le hiphop. Quand à princesse Khadidja c’est une sist’art assez engagée. Les médias me définissent comme un artiste très engagé, dont pour moi c’est une affinité musicale de deux artistes engagés qui nous a liés. Il y a une certaine chaleur musicale en elle qu’on ne retrouve plus dans le hiphop de nos jours. En même temps je pense qu’avec l’expérience que j’ai, il est important de soutenir les petites sœurs.

 

Tu te fais appeler le ‘’nouarok’r ‘’ Pourquoi ce surnom et qu’est ce que le « nouarokarisme » ?

Tu sais, il y a une pénurie de concept dans le rap kamer. C’est un chemin que je mets en place afin que les frères me suivent mais sans marcher comme moi. Je suis un noirok’r, il s’agit de l’acronyme de deux mots, noiraud qui est relatif à la couleur noir et k’r qui est le diminutif de Kamer (NOIROK’R) musicalement, un noirok’r est un artiste noir qui rap avec l’accent kamer. Et le noirokarisme est tout simplement l’art de rapper avec l’accent kamer.

Dans cet album tu viens sonner le glas des faux mc’s, les rappeurs que tu appelles « camerounains » Estimes tu  qu’il faille remettre de l’ordre dans la hiérarchie du hiphop kamer ?

Une sagesse dit que l’homme est le reflet de ses pensées. Combien de rappeurs sont le reflet de ce qu’ils disent ! Je ne suis pas venu remettre de l’ordre, mais je suis venu placer un miroir. Et que tous les mcs se mirent.il est temps que les gars développent leur propre concept il est temps que les gars apprennent à être eux même dans ce qu’ils font. Les rappeurs qui ne prendront pas conscience de ce qui est dit dans le texte « Boudor le noirok’r », resteront des rappeurs camerounains.

Dans le titre ‘’rois de la républik’’ tu utilises une métaphore pour faire un portrait au vitriol de nos dirigeants que tu appelles « le roi » et tu déclares «la république n’est pas un royaume, on n’est pas des sujets ». Est-ce une guerre déclarée à l’endroit des présidents africains qui hélas sont devenus aujourd’hui tels des monarques ?

Pas du tout mon frère. Je ne suis pas venu déclarer une guerre, mais plutôt dire ce qui est vrai. Il est temps que ces grands pères qui sont au pouvoir prennent leurs bagages. Nous ne voulons pas un Afrique de dirigeants fatigués, mais de dirigeants forts.

 

Cet album se distingue aussi par son côté humanitaire puisque sur des titres tels que « bana ba nguea » ou encore « awa » tu prends partie en faveur des enfants de la rue, des orphelins et contre les violences faite aux femmes. Te sens tu investie d’une mission humanitaire ou est-ce juste par souci d’aborder des thématiques actuelles dans l’album ?

Je l’ai dis tantôt, un rappeur est un ange. Un messager, celui qui sait se mettre à la place du peuple. La voix des sans voix. Je pense qu’il est plus important de balancer ce type de messages que des messages où on passe à longueur de journée à parler de soi. Je suis assez attentif à ce que je vois et ressent autour de moi. Je suis un être humain avant d’être un rappeur, donc ce qu’endurent les humains tels que les enfants des rues et autres me touchent particulièrement.

 

Dans le titre « awa » tu évoques le port du voile. Quand on sait qu’il fait l’objet de vif débat en occident quel est ton avis sur la question ?

Le titre Awa dit tout à ce propos. Tu sais dans l’Islam on parle de la voie intérieure et de la voie extérieur. Le prophète Mohammed (Paix et salut sur lui) disait : le plus grand combat reste à venir, le combat intérieur. Il est temps que les frères et les sœurs accordent plus de valeur au port du voile intérieur. Voiler nos pensées négatives est plus important que voiler nos têtes. 

 

Cet album est jalonné de questionnement, en fin de compte est-ce une introspection ?

En quelque sorte ! C’est un voyage à l’intérieur de nous même, surtout pour ceux qui sauront l’écouter. Beaucoup le comprendront dans l’avenir.

 

Existe-t-il encore un lien professionnel entre toi et le Negrissim ? Cet album ne vient-il pas marqué définitivement la rupture ?

Il est toujours difficile de travailler avec des gens quand ils sont dispersés, chaque membre de Negrissim se trouve quelque part dans le monde. Je suis en contact avec Sadrak. D’ailleurs avant de partir de Dakar, il m’a invité à ses soirées de slam qu’il organisait dans un café à Dakar. Je ne suis plus membre du groupe Negrissim, mais je pense que les quatre autres continuent l’aventure…

 

Tu prépares le festival koubalanta prévu en principe pour février 2010. Peux tu nous dire un peut plus sur cet évènement ?

Le festival koubalanta est un rendez vous de rencontre rappologique. Il s’agit d’un festival international de hiphop à 100% avec la présence des rappeurs Afrik’1 uniquement. Il s’agit d’un mouvement que je suis en train de mettre sur pied, un mouvement qui consiste à entretenir la flamme du hiphop Afrik’1 comme il se doit. Je suis en plein laboratoire pour ficeler le dit festival, mais quelques actus sont déjà en ligne sur www.myspace.com/koubalanta. Koubalanta c’est tout un concept, une manière de promouvoir le hiphop avec des méthodes et des idées innovantes. Chaque premier samedi de chaque moi, j’organise des soirées koubalanta à mon domicile à Bonaberi, une façon de communiquer sur le festival.

 

Quelles sont les activités à venir prévues en vue de la promotion de l’album ?

Des concerts et des concerts. C’est la meilleure manière de promouvoir un album de rap. J’en ai fais 14 avant la sortie de l’album, je suis à mon 8eme depuis que l’album est sorti. J’ai aussi l’intention de lancer des school tours, c’est à dire des concerts dans les établissements scolaires de la place

 

Comment se porte l’album au niveau des ventes ?

Depuis le 27 juin, à nos jours, j’ai personnellement vendu 400 cd, kamer attitud est à peu près à 300 vente, je n’ai pas encore fais les comptes avec culture mboa qui distribue également. Ceci dit, l’album se porte bien sur le marché.

 

Quel est le plus beau souvenir de ta vie ?

Le plus beau souvenir de ma vie c’est le jour où j’ai remporté le prix de l’intégration africaine à Dakar grâce à cet album.

 

Quel message pour tes fans ?

Que mes fans restent forts. Et qu’ils sachent qu’une nouvelle page du hiphop Kamer est en train de s’ouvrir. Je ne manquerai pas de leur apporter tout mon amour musical. Je les aime très fort. Et merci pour tout le soutien qu’ils m’apportent.

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